
"Camarades, nous avons fait beaucoup pour le peuple, mais
il reste encore plus à faire..." (dessin polonais A.
Mleczko)

Imaginez Versailles avec, en permanence, 10 000 personnes qui se soulagent dans tous les coins. C'est une gigantesque poubelle...
Imaginez Paris sans canalisations. On fait tout dans la rue. Les arbres, perpétuellement arrosés, périssent tous. Un noble est obligé se faire porter par ses laquais, s'il ne veut pas marcher dans le caca. On vide les pots de chambre par les fenêtres, même un roi a reçu le contenu sur la tête. Des villes s'échape l'odeur pestinentielle qui s'étend à une dizaine de km.
Les vécés n'ont pas toujours été fermés de l'intérieur, preuve en est cette Histoire des lieux d'aisances, du Moyen Age à nos jours, que raconte Roger-Henri Guerrand avec autant d'humour que de sérieux.
Avant de devenir objet d'interdits imposés par l'hypocrite morale bourgeoise du 19e siècle, les "besoins naturels" pouvaient se satisfaire sans honte ni fausse pudeur. Un visiteur pressé pouvait se soulager dans la cheminée, sous le regard bienveillant d'autres convives.
Pour le voyage, on inventa un pot à pisser pour hommes et une vase portable pour dames - elles s'en servaient à l'église, lorsque le sermon s'éternisait.
L'étron fut une matière poétique pour ne rien dire de la jubilation provoquée par le libre échappement des "zéphyrs". Rabelais, continuateur des trouvères du Moyen Age, ne fut pas le seul écrivain à se rouler dans la "chose": le siècle des Lumières a connu un âge d'or de la littérature scatologique.
Avec l'avènement des bourgeois conquérants, il faut se retenir en permanence le corps doit être contrôlé et enserré dans des règles "rationnelles". Hygiénistes, urbanistes et architectes s'occupent sérieusement des "commodités", la répression corporelle et par conséquent sexuelle s'en trouve renforcée.
Pourfendeur des Tartuffes et de la morale pudibonde bourgeoise qui s'installe en France au 19e siècle, Guerrand dénonce ces "hommes en noir" qui nient le corps et la sexualité, au point de prôner l'amputation et l'excision afin de refréner le trop plein d'ardeur chez certains sujets.
"Au Moyen Age, dit-il, il y avait autour du corps un laxisme total; le corps était créé par Dieu, à l'image de Dieu. Aucun interdit ne portait sur la nudité ni sur les fonctions naturelles de ce corps.

"L'invention du bidet est l'oeuvre des meubliers parisiens
du siècle de Louis XV: en cette période de libertinage, il
était normal qu'apparaisse un instrument aussi indispensable.
C'est aux 16e siècle avec l'arrivée de la syphilis que naît
une peur panique da la contamination, de l'eau, du contact
physique que constituent les étuves collectives du Moyen Age.
"On pense qu'il devient dangereux de se laver. On passe alors à la "toilette sèche", c'est-à-dire qu'on change sans cesse de chemise, on multiplie les vêtements qui sont en contact avec le corps, on augmente le volume des garde-robes et on renonce a l'eau et au savon. Se laver souvent et complètement constitua un indice de moralité suspecte et la "bonne société" a renvoyé la pratique du bidet aux maisons closes.
Historien de la vie quotidienne, Roger-Henri Guerrand a
publié de nombreux ouvrages consacrés aux problèmes du
mouvement social au 19 et au 20 siècle. Il a reçu, en 1985, le
"Grand Prix national de la Critique architecturale "
Il n'a pas peur des mots ni des sujets tabous. Au-delà des sujets cloisonnés des universitaires, il se veut "grand traverseur" des disciplines. Sociologue, ethnologue, architecte, il est, entre autres, historien de la "vie quotidienne" et grand spécialiste des mouvements sociaux des 19e et 20e siècles.
"Avec un humour jamais vulgaire, Roger-Henri Guerrand raconte l'histoire de ces fameux lieux, des Romains aux sanisettes à musique. Le "tout-à la-rue" du Moyen Âge, le pet transformé en zéphyr par les rimailleurs du 17 et du 18 siècle, le temps du grand resserrement pudibond au 19. Voilà qui est instructif et jette d'étranges lueurs sur la société française." (LIRE)
"De nos jours, personne ne parle plus de ces choses-là. Sauf le monsieur qui a écrit ce livre. Un ouvrage à pisser de rire et où il y a matière à s'instruire." (ACTUEL)
"Les Lieux : Histoire des
commodités". 1997, éditions La Découverte, 210p., 45F.
"Le confident des dames: Histoire du bidet a partir du
XVIIIe siècle". 1997, éditions La Découverte, 224p., 95F.
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Ota Ulc, professeur à l'université dans l'Etat de New York,
racconte avoir dû expliquer en 1945 à un capitaine de l'armée
soviétique le fonctionnement des WC. D'abord l'officier s'est
lavé dans la cuvette. Puis, il s'exécuta (sans fermer la
porte). Enfin, il chassa son oeuvre avec l'épé.
A cette époque, les Russes se baignaient sans maillot.
D'ailleurs nombreux soldats de l'Armée Rouge n'en connaissaient
pas l'existence.